Feuilleton immobilier à Vidy – La Casa Luna

Feuilleton immobilier à Vidy

A l’abandon depuis un incendie, le site lacustre du restaurant « La Vaudaire » déchaîne les passions. Des amis du lieu font opposition au projet d’une chaîne

Le temps, 8 août 2017, Boris Busslinger

Situé au bord du lac, à Vidy, le restaurant La Vaudaire a brûlé en 2013. Idéalement placé à deux pas du futur siège du CIO, le site est actuellement en ruine. Dans l’attente d’une reconversion, une opposition au dernier projet en date déposée ce lundi risque cependant fort de retarder encore la réouverture de ce lieu prisé des Lausannois. «Cela va nous permettre de nous repositionner», déclare Natacha Litzistorf, municipale chargée du dossier.

Au centre des convoitises, les décombres du restaurant voient s’affronter Bernard Russi, président du groupement hôtelier BOAS et futur exploitant du centre Aquatis, et Bernard Decrey, fondateur de l’association La Casa Luna, créée pour «rendre aux Lausannois cet écrin de beauté».

Des intérêts divergents

Bernard Decrey l’affirme: «L’enjeu ne concerne pas uniquement La Vaudaire, c’est toute la sociologie du lieu qui est en question.» Amoureux de l’endroit, il a travaillé d’arrache-pied pour présenter un dossier cohérent aux autorités: avec des cours de yoga et des ateliers de bien-être, il veut offrir aux personnes marginalisées la possibilité de rompre avec l’isolement dans un espace à but non lucratif. Inspiré par les Bains des Pâquis, nés à Genève d’un mouvement citoyen, il dénonce l’opacité du dossier: «L’endroit est resté en ruine pendant quatre ans, notamment pour profiter de l’ouverture prochaine du nouveau siège international du CIO. Notre association fait opposition à̀ cette manœuvre douteuse pour ouvrir une réflexion globale sur l’avenir du site: la gentrification menace!» A l’origine du projet décrié par l’association, Bernard Russi réfute ces allégations en bloc: «Nous voulons ouvrir un restaurant tout public, comme nous l’avons déjà fait dans plusieurs autres établissements du groupe. Pas une table pour les nantis.» Confiant, il déclare «attendre qu’on nous délivre le permis».

La gestion du dossier en question

Si les deux hommes partagent des avis différents quant à l’affectation du site, le constat est unanime: la municipalité est en faute. «La gestion de la ville est catastrophique et ce sont les citoyens qui en feront les frais», affirme Bernard Decrey. «Les autorités tiennent de grands discours idéologiques sur le bien-être de la population, le vivre-ensemble, l’humain d’abord. Si le permis est attribué à BOAS, ce n’est pas cohérent. Ce sera un naufrage politique.» Le ton est à peine moins acerbe du côté de l’hôtelier. Ce dernier modère cependant ses propos, l’inauguration de son hôtel, centre de séminaires et aquarium des hauts de Lausanne étant imminente.

Pointée du doigt, la municipalité botte en touche: «Nous tenons la même ligne depuis le début», affirme Natacha Litzistorf. «Le dossier est resté inactif pendant très longtemps et tout le monde surinterprète. L’endroit n’est ni définitivement attribué à BOAS, ni absolument promis à Casa Luna si le projet de M. Russi n’est pas retenu.» Elle conclut: «Ce que nous souhaitons maintenant, c’est pouvoir nous replonger dans le dossier et éventuellement rouvrir le jeu pour donner sa chance à tout un chacun de présenter un projet intéressant.»

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