Les Suisses se sentent toujours plus seuls – La Casa Luna

Les Suisses se sentent toujours plus seuls

Société : Plus d’un tiers de la population souffre de solitude. Le phénomène est en augmentation depuis quelques années.

On croit souvent que la solitude touche surtout les personnes âgées et les ados mal dans leur peau. C’est très faux: en Suisse, 36,1% de la population, toutes générations confondues, connaît ce sentiment à des degrés divers, selon le monitorage 2016 de la santé psychique en Suisse réalisé par l’Observatoire suisse de la santé (Obsan). Le sondage a été réalisé en 2012 et montre une augmentation de 5,8% par rapport à 2007.

L’Obsan définit la solitude comme «l’impression désagréable que l’on ressent lorsque son réseau de relations est déficient. La solitude survient notamment lorsque les relations que l’on souhaiterait avoir ne correspondent pas à la réalité.» Yaël Liebkind, directrice de l’association La Main tendue Genève, précise: «Il s’agit d’un sentiment. Souvent, lorsque l’on creuse, on s’aperçoit que les personnes qui le ressentent possèdent des proches dans leur entourage, mais elles ne ressentent pas le lien dont elles ont besoin.»

En moyenne, les femmes (42,4%) se déclarent nettement plus souvent seules que les hommes (29,5%). En vieillissant, les hommes se sentent de moins en moins concernés par la solitude. Mais il semblerait qu’il s’agisse davantage d’une question d’apparence. «Les femmes représentent les deux tiers de nos appels, confirme Yaël Liebkind. Pour l’instant, les hommes n’ont pas pris l’habitude de se confier, ils ont davantage de peine à s’exprimer. Il s’agit peut-être d’une question d’éducation. Petit à petit, avec beaucoup de gêne, certains d’entre eux se confient à nous et sont surpris du soulagement que cela peut apporter.»

 

Solitude lémanique

La Suisse romande arrive en tête des classements. Selon les rapports cantonaux de l’Obsan, Vaudois et Genevois se situent bien au-dessus de la moyenne nationale, avec respectivement 44,5% et 46,5% des sondés affirmant souffrir de solitude. Des chiffres qui coïncident avec la proportion de personnes vivant seules. Dans le canton de Vaud, 36,1% des ménages étaient composés d’une seule personne en 2014, 40% à Genève (en 2011). A ce titre, le canton du bout du lac a déjà atteint les prévisions de l’OFS, qui estime que le nombre de monoménages atteindra plus de 40% à l’horizon 2030.

Ce phénomène peut s’expliquer par la forte urbanisation de la Suisse romande, et du bassin lémanique en particulier. Les études montrent que la solitude est plus présente en milieu urbain, où le rythme, surtout au travail, est encore plus rapide qu’ailleurs. La Main tendue Genève reçoit majoritairement des appels de personnes âgées entre 41 et 65 ans (plus de 60% des appels), soit des personnes dans la vie active. «Nous vivons dans une société où tout va très vite, les gens sont très occupés et n’ont pas forcément le temps d’être à l’écoute, explique Yaël Liebkind. Pour les personnes en souffrance psychique, c’est difficile de suivre le rythme. Elles ont de la peine à ériger des repères, que ce soit dans le monde du travail ou dans les relations amicales ou amoureuses.»

Yaël Liebkind estime ainsi que 15% des appels reçus à Genève concernent le sentiment de solitude. Au niveau national, La Main tendue le place en deuxième position des thèmes les plus discutés sur leur hotline (11%), après la souffrance psychique (24%). Les deux phénomènes sont intimement liés, comme le souligne le rapport de l’Obsan. «La solitude est nettement plus fréquente chez les personnes éprouvant des problèmes psychiques que chez celles qui n’en ont pas: 34,1% des personnes souffrant de graves problèmes psychiques se sentent assez ou très souvent seules, alors que la proportion s’abaisse à 1,7% parmi les personnes n’éprouvant pas de problèmes psychiques.»

La solitude peut ainsi être lourde de conséquences. En 2015, une étude américaine a démontré que les personnes isolées ont un système immunitaire plus affaibli que les autres. Mais les maux les plus connus sont surtout psychiques: les associations d’aide et les spécialistes identifient clairement la solitude comme un facteur de risque de suicide. Celle-ci est d’ailleurs dans la ligne de mire des campagnes. Les associations comme Pro Senectute, Stop Suicide ou La Main tendue recommandent d’en parler, et aussi de diversifier ses activités pour en sortir. «Nous proposons par exemple de prendre part aux activités de quartier, aux événements publics ou encore de lier contact avec leurs voisins, explique Yaël Liebkind. Le but est d’élargir le spectre des contacts sociaux.» (24 heures)

 

 

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